Barbak&Gougoutte films au festival de Cannes

Posté le 11 août 2019

Barbak & Gougoutte films au festival de Cannes

De leurs premiers courts-métrages au Revest, à la consécration d’Orlando, portraits du réalisateur Samir Bouallegue et de l’acteur Sandro Sanitate, qui se cachent derrière Barbak & Gougoutte films

(Photo V. P.)
Samir Bouallegue et Sandro Sanitate : « Ce qu’on aime, c’est surprendre, déconcerter dans nos films. Quand ça fait quelque chose, en bien ou en mal, dans l’intime ou dans n’importe quoi ! ».

Ils nous ont donné rendez-vous là où tout a commencé : au bar Terminus, à Dardennes, avec son balcon qui donne sur la rivière et sa végétation luxuriante, comme un bayou. « On a filmé ici la première fois avec un téléphone portable HTC one. On a fait des plans dans la rivière. On s’était dit, on a un univers commun, pourquoi pas essayer ? », expliquent Samir Bouallegue et Sandro Sanitate. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et leur dernier court-métrage va être projeté au festival de Cannes. Mais avant de parler ciné, pour comprendre leur univers, on a dû leur poser la question fatale de leur film Respire :« T’es qui ? ». Ces amis de 30 ans se sont rencontrés à 9 ans, quand Sandro vient habiter dans la même résidence que Samir, route de Dardennes.

Conan le barbare et les films de Pasolini

Comme les gosses de leur âge, ils passent leurs mercredis aprèsmidi à regarder des films. Conan le barbare, -« mon film culte », précise Sandro-, est déjà sorti depuis un moment, mais aussi, autre monde, du Tarkovski, ou du muet allemand. « Sans le savoir, on explorait des univers. Il y avait toujours quelque chose qui nous fascinait. On a toujours été inactuels », reconnaît Samir. Pasolini et le néoréalisme italien ? « Peut-être, parce qu’ils étaient beaucoup à poil. Ça nous brûlait les yeux ! », lancent-ils en riant. La liste est encore longue, des films de Sergio Leone à ceux de Werner Herzog. Merci aux bibliobus et à séance à la télé, qui fournissent à ces jeunes venus d’un milieu ouvrier la matière première d’une culture cinématographique, BD et livresque, aujourd’hui presque aussi foisonnante que la végétation autour de la rivière qui passe sous le Terminus. Des personnalités de leurs familles leur ont aussi transmis la passion et la curiosité, comme cet oncle éditeur en Tunisie qui faisait écumer les musées à Samir pendant les grandes vacances ou encore la mère de Sandro, bercée par les films… De tout ce cinéma, Sandro en retire le frisson de la musique, évolue dans des groupes metal, electro. Avec leur troisième larron, Fred Collet, homme de l’ombre de ce trio, mais bien présent dans leurs films, ils écrivent leurs premiers scénarii et les jouent « comme des jeux de rôles ». La dernière « On a toujours eu des délires particuliers dans notre humour », explique Samir. Borderline, certes, « mais rien de sale ! », précise-til. Ses études de lettres lui donnent la clé : « j’ai enfin compris. Je leur disais : on fait presque du Beckett ! On était très l’aise avec l’absurde. » « C’est clairement l’univers qui me provoque du rire, confirme Sandro. J’intellectualise beaucoup moins que Sam. Mon but est de le faire rire. Lui-même est la personne qui me fait le plus rire au monde ». Ce rire à se donner des crampes aux joues se communique aujourd’hui à l’écran. Car il est devenu l’acteur fétiche des films qu’écrit et tourne Samir, avec Fred Collet au son. Après un passage aux Beaux-arts (et un mémoire de fin d’études sur un film porno qui fera date) Samir Bouallegue, prof d’arts appliqués à l’IPFM et à

(1) l’Université, dans la vie civile, a trouvé en tant que réalisateur « sa muse », comme il dit, à travers Sandro. « Il est totémique. A l’image, c’est très facile avec lui ».

Un géant qui sème des étrons au Revest

Dans Ça vient du Bayou, leur premier court, Sandro incarne un géant qui sème le trouble avec des étrons dans toute la ville. Une mini-série pour tout public qui emprunte aux mécanismes du film d’épouvante, ambiance Echo des savanes et petit monde de Pagnol, avec d’authentiques Revestois dans le casting. Elle parle aussi de différence, de lâcherprise. Inclassable. Et pourtant, « les gens nous ont fait confiance », se souviennent-ils. En premier, l’acteur Fabien Baïardi (De rouille et d’os, Alex Hugo…), installé au village, figure récurrente de tous leurs courts-métrages, qui trouve, loin des rôles de flic, « une liberté inconditionnelle », dans ces « univers absurdes joués avec le plus grand sérieux », atteste Samir. Respire, dans lequel il incarne un agent immobilier stressé qui va vivre une expérience imprévue avec deux inconnus a récolté en

(2) 2017 plusieurs prix à la sélection Côte d’Azur du 48 hours film project, le plus grand marathon mondial de court-métrage. « On montrait des corps avec des volumes. J’aime bien filmer cela, dérouter par la matière », explique Samir. Derrière la surprise suscitée, aussi un message contre les codes actuels du physiquement correct. Un second courtmétrage commandé par le Pôle jeune public pour son festival Clowns not dead agit comme une révélation pour Sandro. « Il a découvert qu’il était complètement clown ».

Primé devant  films internationaux

Grâce à une véritable synergie dans le village du Revest qui les a toujours soutenus dans leurs tournages (3), Sonrisita, leur second film, fait en deux jours pour le 48 hours films project, a dépassé cette année le stade de la Côte d’Azur, pour remporter la palme à Orlando aux Etats-Unis, à la finale Filmapalooza, parmi 150 films venus du monde entier. Un film un peu animal avec un message, comme ils les aiment, avec toujours la fine équipe Un film au budget de 300 euros, contre d’autres à 20000. Dans la salle et même après, ils peinent à y croire. « Samir me glisse chaque fois à l’oreille lors de la remise d’un prix, “souviens-toi Dardennes”, “souviens-toi le HTC one” », rigole Sandro. Agent technique de métier, il est depuis quelque temps contacté pour des séries ou pubs. Samir est en train, lui, d’écrire leur premier long-métrage. Des discussions sont en cours avec des producteurs. Au fait, lequel des deux est Barbak, et l’autre Gougoutte ? Aucun des deux « pour le nom de notre boîte, on a choisi une vieille réplique ».« Absurde », forcément. 1. Institut de promotion et formation aux métiers de la mer. 2. Incarnés par Sandro Sanitate et Stéphane Chaussat, autre acteur fidèle du groupe. 3. Plus tard, la Ville et l’agglo TPM leur permettront de voyager jusqu’aux USA, pour recevoir leur prix.

Savoir + Sonrisita est projeté au short film corner, au festival de Cannes 2019, dans le cadre de la sélection Filmapalooza 2019.

On est très à l’aise avec l’absurde” Au Revest, les gens nous ont fait confiance”


courts métrages à caractère lubrique et nécessaire

made in Le Revest les eaux, France / code by #lesinterfacesdelamort